Colmar – Mulhouse – Minetti à la Comédie de Colmar et à La Filature

En cette rentrée, Matthieu Cruciani se consacre à Thomas Bernhard en adaptant Minetti, incarné par Josse De Pauw, le récit d’une nuit de la Saint-Sylvestre dans un hôtel d’Ostende. Minetti est un acteur venu rencontrer un directeur de théâtre, dans l’espoir de jouer Le Roi Lear.

Photo Simon Gosselin

Une fable sur le théâtre que Matthieu Cruciani définit comme “proche d’un étrange conte de Noël”, pièce sur l’art en général, sur le comédien en particulier. “Minetti enfin lui-même, percolation de l’artiste esseulé, toujours au bord de tout oublier ou de tout inventer”, souligne le metteur en scène, “mais furieux, en émeute perpétuelle, porteur d’une singulière mais puissante joie, pour finir.” Comme souvent, la musique aura une place centrale, ici jouée sur le plateau par la pianiste Jeanne Bleuse, des couleurs classiques allant de Schubert à Chopin, en passant par Scriabine et Ravel. L’autre élément musical sera “la dame au sofa”, interprétée par Élise Caron, la comédienne étant aussi chanteuse soprano. Autour de ce trio, des hommes et des femmes portant masques pour célébrer le réveillon, incarnés par trois interprètes de la jeune troupe #5 de la Comédie de Colmar.

Photo Simon Gosselin

Écrite en 1977 pour le comédien allemand éponyme, Bernhard Minetti, la pièce explore la fin de carrière d’un acteur, seul face au temps qui passe et au vieillissement, à l’oubli qui le guette, drapé dans une gloire qui s’étiole au fil des années. Minetti aspire à incarner ce qui pourrait bien constituer son dernier grand rôle. Seul aussi, face aux fantômes des personnages qu’il a interprétés et de ses proches. “Un revenant, oui, quasi bouffon, qui parle de son refus des saletés et des bassesses”, explique Matthieu Cruciani. Un personnage complexe, “un mage ancien ou un escroc, un génie ou un profond malade jetant ses derniers feux.”

Minetti soulève la question du temps et de la mémoire, mais n’oublie pas d’être drôle également, entre “tragique” et “bouffon”, à l’heure du bilan pour l’acteur. Une comédie qui va poser d’autres questions comme le fait encore remarquer le metteur en scène. “Qu’est-ce que croire en l’art ? En sa dureté et son exigence. Pourquoi y croire ? Même et surtout lorsque le monde semble vouloir s’en détourner, l’oublier.” Mais Minetti n’a pas (encore) lâché la rampe, même si la fin paraît proche. Matthieu Cruciani évoque enfin l’atmosphère si particulière de ce hall d’hôtel, “univers hanté, incertain”, cite Shining, Lost in Translation ou encore Twin Peaks, le peintre américain Edward Hopper… Une étrangeté certaine même si le début de la pièce sonne “presque boulevardier, propice au délicieux cabotinage de Minetti.” La fin de l’histoire sera au contraire plus dépouillée, l’action se terminant sur une grève enneigée.

– Marc Vincent –

Minetti, Comédie de Colmar, du 8 au 16 octobre – comedie-colmar.com
Mulhouse, La Filature, 18 novembre à 19h – lafilature.org

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