Début et fin novembre, la Scène nationale de Besançon invitera deux compagnies qui ont souhaité explorer les pistes numériques dans leurs créations. Pour cela elles proposent des expériences toutes deux interactives, mettant à profit les nouvelles technologies pour traiter de nos perceptions de la réalité (ou de ce que l’on tient comme telle !).
Thierry Collet convoque la magie pour questionner nos sens et la manière dont notre cerveau accueille les informations. “Comment ça se fait qu’on arrive à voir quelque chose qui n’existe pas ?”, s’interrogeait-il par le passé dans VRAI/FAUX (Rayez la mention inutile). Avec cette nouvelle création, il apprécie l’art de la manipulation mentale à l’aune de nos smartphones et autres objets connectés. À travers un parcours, le public réalise des travaux pratiques, prend part à une performance interactive pour mesurer à quel point les technologies numériques influencent notre perception de la réalité, avant “un final spectaculaire pour s’émerveiller et SE FAIRE AVOIR”, précise la cie La Phalène.
L’occasion d’aborder des notions plus ambivalentes comme le mensonge, l’influence par l’art oratoire, les réalités virtuelles… “Dans mon travail, j’aime que les effets magiques ouvrent des portes philosophiques, politiques et critiques”, explique Thierry Collet, “sans renier bien sûr la jubilation que cet art populaire permet de créer.” Les outils numériques évoluant rapidement (d’autant plus avec l’IA), il apparaissait nécessaire de mesurer les “nouvelles illusions, des manipulations qui influencent notre perception de la réalité.” Thierry Collet souhaite “faire avec” le public, qui a ainsi l’opportunité de tester des outils permettant de redessiner le réel (illusions d’optique et sensorielles). Dans une dernière partie, une magicienne et deux magiciens (dont Thierry Collet) proposeront un grand final de prestidigitation avec des cartes, de la simple manipulation gestuelle au… réseau WI-FI du théâtre !
La Boîte à sel présentera Bad Block, qui là encore a recours à des moyens numériques pour créer des illusions, mais ici avec un procédé très spécifique, grâce à une centaine d’objets connectés. 104 petits cubes translucides équipés d’une enceinte et d’une LED, connectés en Wi-Fi et émettant sons et lumières. Une “cheffe de chantier” marionnettiste se retrouve au milieu d’un agglomérat de cubes, une ville en train de s’édifier sous ses yeux dans ce “spectacle d’objets et d’atmosphères [qui] est aussi une métaphore de la construction de la société et du vivre ensemble.” D’ailleurs le public est invité à s’emparer de ces cubes durant le spectacle. Céline Garnavault et Thomas Sillard mêlent marionnette et procédés sonores, musique, théâtre, technologies numériques dans des installations ludiques et immersives. Adeptes de la “techno-bricole”, ils conçoivent eux-mêmes leurs outils, collaborant avec plusieurs chercheurs. Dans Bad Block, une drôle de ville se construit en direct au plateau. “Il faut maintenant trier, organiser, et tenir en ordre de marche cette “chose” urbaine en constante mutation”, explique Céline Garnavault, “tenter de diriger, de contenir ce qui s’échappe, et ce volume sonore qui ne se maîtrise plus…”. Et comme elle le fait encore remarquer, des pistes dramaturgiques ont été également explorées car Bad Block, c’est aussi du théâtre avec une narration et différentes ambiance sonores. “Il s’agit de quitter l’idée de construire de façon classique et d’aborder la construction par la spatialisation des sons, l’occupation de l’espace”, ajoute ajoute La Boîte à sel, “de bâtir avec le vide et de dessiner dans l’espace de manière non réaliste.”
– Paul Sobrin –
Aux 2 Scènes, Besançon
FauxFaire FauxVoir, Espace, du 3 au 6 novembre
Bad Block, Espace, du 25 au 27 novembreµ
les2scenes.fr


