Deux créations cet automne au NTB

La machine à créer va tourner à plein régime cet automne au NTB ! Deux pièces vont voir le jour sur le plateau du Centre dramatique national bisontin, l’une mise en scène par son directeur, Tommy Milliot, l’autre par l’une des artistes associées au NTB, Juliette Mouteau. Deux créations et deux univers très différents, l’un nous emportant dans l’état du Kentucky en 1974, l’autre dans une prison irakienne trente ans plus tard.

EDEN

Tommy Milliot – Photo Eric Marin

Naomi Wallace, autrice complice de Tommy Milliot, clôt aujourd’hui sa trilogie en suivant une bande d’adolescents qui veulent leur part du gâteau, ce fameux rêve américain qui, dans les années 1970, n’avait pas encore du plomb dans l’aile. Pour l’approcher, les jeunes amis imaginent ce que pourraient être leurs vies, entrant par effraction chez leurs riches voisins, mais on n’échappe pas si facilement à la violence de classe et au racisme. Le Kentucky, Tommy Milliot l’a visité. Il a vu ses grandes prairies, ses plaines en cinémascope mais aussi ses “maisons délabrées, en ruine”, comme il le confie. “Les corps fantomatiques sont abîmés par le travail. La population la plus pauvre des États-Unis est ici abandonnée et engloutie par les drogues.” L’autrice est venue à Besançon finaliser l’écriture sur le plateau, en compagnie des interprètes.
Dans le deuxième volet de sa trilogie, Qui a besoin du ciel, Naomi Wallace traitait déjà du thème de la drogue. Avec Eden, la dramaturge se nourrit une fois encore des souvenirs de son adolescence. Issue d’une classe moyenne vivant confortablement sans être très aisée (son père était journaliste), elle se souvient des difficultés de certains de ses voisins. “Les uns de la classe ouvrière blanche, les autres de la classe ouvrière noire. C’étaient mes voisins. Je dormais chez eux. Je courais avec leurs enfants. […] Et j’écoutais.”

AU BORD

Juliette Mouteau – photo Aline Paley

En novembre, Juliette Mouteau adaptera un texte de Claudine Galéa, dont l’écriture avait été déclenchée par la photo d’une jeune militaire américaine tenant en laisse un prisonnier irakien nu en 2004. Partant de cette fameuse image qui choqua le monde entier, l’autrice fait intervenir sa propre expérience, en lien avec sa mère et une relation amoureuse. “Elle décortique ces différentes relations et constate que la condition de son amour est liée au fait qu’elle soit humiliée”, souligne Juliette Mouteau. La metteuse en scène préfère se focaliser sur la portée universelle de ce texte, qui pourra parler à tout un chacun, au-delà de la dimension historique d’une telle photo. Au bord prend la forme d’un monologue (Juliette Mouteau évoque “un flux continu, une logorrhée”). On y rencontre l’autrice s’identifiant tantôt à la femme soldate qui humilie, tantôt à celle qui est humiliée. “Moi j’aime ce texte parce qu’il me convoque à différents endroits de la langue : parfois la poésie surgit au milieu de descriptions très factuelles et terribles”. Juliette Mouteau veut aussi y voir une prise de parole “de quelqu’un qui s’avoue ses faiblesses et qui trouve la paix dans cet aveu.” Pour illustrer la lumière qui perce pourtant dans toute cette noirceur, elle évoque l’Outre-noir de Pierre Soulages. “On serait donc plutôt dans un espace mental, traité en lumières et en ombres.”

– Dominique Demangeot –

Au Nouveau Théâtre de Besançon
Eden, du 8 au 15 octobre
Au bord, du 17 au 25 novembre
ntbesancon.fr

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