ROMAN
Albin Michel
Parution le 19 août 2026
« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard », écrivit Mallarmé. Dans la vie, on ne peut jamais être sûr de rien et Dany en sait quelque chose. Le jeune garçon, dont les parents possèdent un stand d’auto-tamponneuses, est forcé de quitter sa communauté foraine. Un malentendu qui va aiguiller son existence sur une direction radicalement opposée.
Un coup du sort le fait atterrir à Sète, où il se trouve un drôle de nouveau nid auprès de Lucy et Hector, grand échalas à santiags apparemment dépressif, vivant de cambriolages et autres plans douteux. La première est fan de rock, le second préfère l’opéra. Et puisque « le moment était venu de se jeter dans le vide », Dany n’allait pas faire les choses à moitié en se trouvant cette nouvelle famille, fût-elle « biscornue », dysfonctionnelle dirait-on de nos jours. Mais une fois la bille lancée sur la roulette en pleine vitesse, il ne reste plus qu’à s’en remettre au hasard ou une hypothétique bonne étoile, dans l’espoir de terminer sa course sur le bon numéro.
Et c’est bien d’une course dont il est question dans La vie, impair et passe. « Une fois que t’es distancé, c’est foutu », lance Hector à Dany lorsqu’il veut devenir chanteur d’opéra. Un concert parfois dissonant où chacun joue, comme il le peut, sa propre partition. L’existence prend parfois des airs d’opéra tragique, ou chavire et tourbillonne comme le rock. C’est tour à tour enjoué et mélancolique comme les musiques manouches, et quand on a de la chance, romantique comme une chanson pop bien troussée. L’auteur du Club des incorrigibles optimistes (Albin Michel, 2009) sait susciter l’empathie chez le lecteur, le tenir en haleine, et il est bien difficile de lâcher ce récit choral après avoir pris la route avec Dany et sa famille de fortune. Une communauté qui va s’agrandir et se recomposer au gré des événements et des années, entre non-dits et quiproquos, revirements et coïncidences heureuses… ou malheureuses.
Des vies éparpillées au gré des tempêtes entre Sète et le Canada, Paris et le couvent des clarisses à Poligny, en passant par un casino ou encore la case prison. Dans le grand Monopoly de l’existence, l’auteur nous rappelle qu’on est tous en partance et qu’il faut parfois faire face à des choix cornéliens. Jean-Michel Guenassia soulève aussi la question de la transmission et de nos devoirs envers parents, enfants et autres êtres aimés. Et même si « [l]a vie […] s’amuse avec nous sans qu’on puisse s’y opposer », la solidarité n’est pas un vain mot. On appréciera d’ailleurs l’absence totale de cynisme dans cette histoire (notre ère moderne n’en manque pas), une bienveillance qui s’incarne en particulier dans le personnage de Dany.
Dominique Demangeot
