Olivier Barrot – Saint-Germain-des-Prés, variations

RÉCIT

Gallimard

Parution le 7 mai 2026

Olivier Barrot le souligne d’emblée : Saint-Germain-des-Prés est un mythe. L’auteur, journaliste et scénariste nous convie à une balade intimiste dans le quartier parisien des artistes et des éditeurs.  

Olivier Barrot - Saint-Germain-des-Près, variations - Gallilmard - Chronique dans le magazine DiversionsSaint-Germain-des-Prés, Olivier Barrot le connaît comme sa poche. Il y a vécu, y vit encore, et ce court recueil composé de récits “véridiques ou vraisemblables” nous offre souvenirs, anecdotes, pensées. L’auteur, pudique comme on l’imagine, se livre par petites touches, dans le plus pur style d’Olivier Barrot, adepte des textes ramassés. Ce passionné d’onomastique fait défiler les noms de rues et de chers disparus. Flanqué de son chien de hasard Ulysse ou seul, le plaisir de la déambulation pour Olivier Barrot se mêle évidemment à celui de la belle langue, comme “un kaléidoscope de sensations fugaces, mémorisables, partageables”, que l’auteur ressent à propos de la rue Férou, mais qui résume également avec à propos ce court ouvrage. 

Écrivains et écrivaines sont bien sûr aux premières loges. Olivier Barrot se souvient de René de Obaldia, Giraudoux, plutôt que de Sartre ou Gréco. « Il n’y a plus d’après à Saint-Germain-des-Prés », chantait cette dernière. Disparus aussi les bus à plateforme. Saint-Germain-des-Prés est devenu “fantasme mémoriel”, comme la vision idéalisée d’un passé (qui n’a jamais vraiment existé), à l’instar de la Traction avant de Citroën. Disparus aussi comme ces auteurs, jadis célèbre, que “plus personne ne lit”. Un crève-cœur probablement pour ce grand passeur que fut Olivier Barrot dans son programme court et quotidien Un livre, un jour sur France 5, ou aux côtés de Philippe Labro et Bernard Rapp avec leurs Lettres respectivement américaines et anglaises. Il a d’ailleurs aussi quelques mots pour Bernard Pivot, et une autre passeuse, bien moins célèbre : sa professeure de français.

La nostalgie qu’il distille dans ces 120 pages n’est pas amère, elle serait même douce au palais. Et puisque l’on parle de souvenirs, comment ne pas évoquer l’arpenteur attentif et distrait, Patrick Modiano et ses “points de suspension” en lisant ces variations, qui permettent à Olivier Barrot de rendre hommage aussi à des artistes oubliés à l’image de Maurice Baquet, acteur, violoncelliste… et alpiniste. Et si le “cœur battant de l’époque” n’est plus, il n’oublie pas le Saint-Germain d’aujourd’hui, avec ses récents îlots de biodiversité si chers à la municipalité. Il nous entretient aussi d’artistes bien vivants comme Karol Beffa, nous ouvrant les portes de sa galaxie de poche. Des variations pour ce passionné de musique classique, quelques fugues à New York, Berlin, Amérique latine (et même un voyage en Orient-Express). Il n’oublie pas sa bien aimée Judith Magre. En novembre prochain on pourra retrouver la comédienne sur la scène du théâtre Poche-Montparnasse pour un hommage à Aragon. La comédienne sera centenaire. La littérature ça conserve, parfois. 

Dominique Demangeot

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