Gianni Solla – Le Voleur de cahiers

ROMAN

Albin Michel

Traduction Lise Caillat

Parution le 28 février 2026

En 1942, le petit village de Tora e Piccilli dans le sud de l’Italie voit débarquer un groupe de familles juives, chassées de Naples par le gouvernement fasciste. Des jeunes garçons et des hommes venus remplacer aux champs ceux partis à la guerre. Si cette arrivée est d’abord considérée d’un mauvais œil par les habitants, parmi les déplacés se trouve Nicolas, adolescent qui fascine aussitôt Davide, le fils d’un éleveur de porcs.  

Gianni Solla - Le Voleur de cahiers - Albin Michel - Chronique dans le magazine DiversionsJusqu’ici, la vie de Davide se partageait entre un travail difficile à la porcherie de son père et l’amitié liée avec Teresa, la fille du cordier. Instruite, cette dernière a l’impression de vivre au Moyen- Âge et rêve de quitter son village natal. Quand arrive le jeune Napolitain, les existences des deux jeunes gens vont changer à jamais. Celle de Davide en particulier, qui va s’ouvrir à tout un monde nouveau, découvrant la magie des mots auprès de Nicolas et de son père professeur à Naples. Pour Le Voleur de cahiers, Gianni Solla, auteur napolitain dont c’est le premier roman traduit en France, s’est inspiré de faits réels, mais son talent de conteur transcende cette histoire (Davide va prendre conscience lui aussi du pouvoir de la littérature). 

Dans ce récit d’émancipation (l’auteur préfère parler de « révélation »), plusieurs défis se présentent aux jeunes personnages. Le déterminisme tout d’abord. “Les enfants reçoivent le sang de leurs pères. Notre destin est inscrit dans celui de nos parents”, remarque Davide, seul narrateur de ce roman initiatique. Le gardien de porcs va tenter de rompre avec ses origines, quitter (littéralement) la fange, relever la tête pour voir plus loin, malgré son boitillement. Un tourbillon vertigineux” qui nous transportera de Tora e Piccilli à Naples où l’on observe les stigmates des bombes américaines après sa libération. Le second défi est le fascisme auquel a adhéré le père de Davide, cet autre opium du peuple qui régit chaque aspect de la vie quotidienne. Malgré leurs origines et les lois anti-juives, les trois adolescents font face à leurs destins comme on se jette dans le vide, peut-être pour le pire, en espérant le meilleur.  

« Nous ne savions pas encore vers quoi nous nous dirigions, nous ne savions pas ce que nous fuyions, nos corps jeunes étaient notre seule certitude. »

On ne dévoilera pas davantage ici le parcours de “l’idiot du village dont personne ne voulait comme ami”. Plongez donc tête la première dans Le Voleur de cahiers, le quatrième roman de Gianni Solla. Une magnifique histoire de transgression(s), de découverte du désir également. Quand le chaos de l’histoire fait écho à la confusion des sentiments. 

Dominique Demangeot

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