ROMAN
Flammarion
Parution le 19 août 2026
Toute sa vie, la mère de la narratrice s’est effacée derrière son mari. Ce dernier ayant aujourd’hui disparu, Véronique Ovaldé redonne voix au chapitre à cette mère pour laquelle elle a nourri des sentiments ambivalents. Avec le recul, son regard a évolué.
Pour tenter de comprendre, Véronique Ovaldé remonte dans la biographie de cette mère dont l’histoire commence plutôt mal, en Picardie durant la Seconde guerre mondiale sous l’Occupation. L’autrice publie sans nul doute ici son livre le plus intime, roman davantage que récit cependant, puisqu’elle ne peut s’empêcher d’imaginer “[l]’océan des options infinies”, alternant entre troisième et première personnes. Mise à nu, et manière de rendre hommage à une mère que le destin a ballottée de sa Picardie natale jusqu’à une petite maison sans charme en proche banlieue parisienne.
“Il existe, je ne vous l’apprends pas, toutes sortes d’incarcérations”, écrit encore Véronique Ovaldé qui fut témoin durant son enfance et son adolescence des empêchements de la mère. On sent d’ailleurs poindre une certaine culpabilité de n’avoir su déceler à l’époque la détresse de cette mère apparemment douée pour cacher son désarroi. Mais comment comprendre lorsque l’on contemple ses parents à hauteur d’enfant ? Ou plus tard quand on doit composer avec ses propres questions d’adolescente ? La mère sera, pour Véronique Ovaldé et sa sœur, un bouclier face à un père taciturne et violent. À douze kilomètres de Paris, “je sentais la modernité cogner à nos portes”, se souvient la narratrice qui aborde par ailleurs les mécanismes de domination au sein du couple, avec en particulier la dépendance financière des épouses. Heureusement on voit aussi émerger, bon an mal an, une certaine “connivence féminine” face à cet homme revenu “détruit” de la guerre d’Algérie.
Marc Vincent
