Après sa venue fin janvier à L’arc, en résidence pour travailler à sa création 2026, Nicolas Chaigneau reprendra le chemin de la scène nationale creusotine le 6 mai prochain. On pourra découvrir son Récital Sans Méduses achevé. Le danseur chorégraphe, également comédien et chanteur, propose ici un seul en scène mêlant concert et récit.
Fin janvier vous étiez à L’arc en résidence. Qu’avez-vous travaillé en particulier ?
C’était vraiment la première résidence où on pouvait travailler dans des bonnes conditions à la fois la lumière et le son. Avec une partie de résidence publique aussi, qui a permis de faire des petits tests.
Le terme “récital” dans le titre évoque un moment musical, mais on ne dévoilera pas grand chose en avançant que cette dernière création est davantage qu’un simple concert ?
Je le présente comme un concert parce que ce sont vraiment des chansons que j’ai envie de partager, avec le plus de générosité possible, mais je voulais donner plus de place au jeu. Je trouve qu’il y a possibilité, par le récit, par des personnages, de théâtraliser la musique, quasiment de la sublimer, voire très exagérément, d’en faire des tubes alors que ce n’en est pas, pour justement aiguiser, nourrir l’écoute du public.
Avez-vous créé ces morceaux spécialement pour le spectacle ?
Ce sont des chansons en anglais, et la grande majorité existe depuis longtemps, presque dix ans. Elles précèdent même le groupe (NINO) que j’ai créé pour jouer les chansons autrement que dans un format solo. Il y en a certaines que j’ai pu finaliser par ce spectacle.
Pourquoi ce choix de l’anglais ? Est-ce une question de musicalité ?
Tout à fait, c’est plus facile pour moi d’écrire en anglais ! Et aussi sur la sonorité, je suis plus sensible à ça, et parce que je crois que je n’ai pas grand chose à dire par les mots, c’est peut-être pour ça que j’ai fait de la danse. J’adorerais être Prévert et être capable d’écrire Les feuilles mortes, et donc je joue dans le concert avec ces manques-là, j’essaie d’en faire quelque chose à chaque fois.
On peut donc parler d’un spectacle de l’intime, où les thèmes sont plutôt autobiographiques ?
Oui, la voix chantée, c’est une sorte de dévoilement très fort. Je me rends compte que tout ce que je construis autour, que ce soient les personnages, les récits ou les décalages, c’est quelque part une façon d’aiguiser cette intimité-là.
L’idée est donc de vous défaire d’une certaine peau au fur et à mesure du concert ?
C’est ça. Dans ma pratique de danseur, je suis très sensible à la construction d’un spectacle, aux temps de suspension, au temps qui s’étire par moments, s’accélère ensuite. Là dans ce concert, c’est beaucoup ça aussi, construire le temps qui précède les chansons, le temps qui suit, comment je prends la parole. Comment construire tout autour de ces chansons.
D’où l’intérêt aussi des regards extérieurs ?
Oui la majorité du temps c’était avec Sonia Delbost-Henry. J’ai eu besoin d’avoir quelqu’un car c’est un spectacle où je m’adresse énormément aux gens. La sensation du temps est très différente quand on est tout seul dans un studio, et quand on a quelqu’un qui nous écoute.
Justement entre les chansons, s’agit-il d’un texte écrit ou laissez-vous une place à l’improvisation ?
Rien n’est vraiment écrit. Je pense qu’il y a des choses qui vont s’écrire au fur et à mesure. Je dirais que ce sont des espaces d’improvisation très très délimités, et c’était d’ailleurs la grande question pour moi de ce spectacle, jusqu’où il s’écrit, jusqu’où je le fixe… Mon attention c’est que ça soit le plus réel possible, en lien avec les gens, leurs réactions, avec ce qu’ils vont peut-être dire. Je suis dans une adresse extrêmement simple et directe.
Vous allez aussi donner un atelier « Chanter comme sous la douche » le 5 mai à 18h30…
Oui le tout premier atelier que je vais donner autour de la pièce, donc je ne peux pas précisément dire ce que je vais faire. Mais j’ai l’impression que le cœur de ce spectacle c’est l’idée de se fantasmer aussi, s’idéaliser un peu comme un enfant ou un ado qui se prend pour un super héro, une rock star… J’aime bien l’idée de s’autoriser ça… Je pense qu’on va jouer avec le playback même si je n’en fais pas dans le spectacle, jouer avec cette idée d’incarner quelqu’un d’autre !
C’est la fameuse suspension de la crédulité, entre l’auteur et le lecteur, ou le comédien/chanteur et le spectateur, grâce à laquelle la fiction peut opérer…
Oui j’avais écrit un tout petit texte de présentation du spectacle, où je mettais que c’est le spectacle de quelqu’un qui croit qu’il est un chanteur, et qui invite le public à y croire avec lui. Il y a cette idée de s’y croire, mais de manière très sincère, très douce, légère !
Propos recueillis par Dominique Demangeot
Récital Sans Méduses, Le Creusot, L’arc, scène nationale, 6 mai à 20h
www.larcscenenationale.fr/lasaison/recital-sans-meduses


