Le 21 février dernier, L’arc inaugurait le deuxième volet de son cycle d’expositions autour de “nos espaces de liberté”. Après un premier chapitre cet automne qui évoquait les manières de rester libres dans une société normée, la commissaire Capucine Buri est de retour au Creusot. Elle a amené dans son sillage des artistes qui ont réfléchi cette fois à ces pseudo-libertés, pouvant constituer en réalité une manière d’exercer un contrôle encore plus ferme sur les individus.
L’exposition a permis à certains de poursuivre leur travail sur place, lors de résidences à l’image de Mathilde Ganancia et Charlie Malgat qui ont créé Soak-Stain-Lift. L’installation, produite par L’arc, évoque les produits cosmétiques d’aujourd’hui, entre peinture et sculpture. Version monumentale d’un masque de beauté, maculé de traces multiples laissées par des produits divers : crème hydratante, vernis, argile… Le vernissage du 21 février a également vu l’activation par la performeuse Morgane Bonis de l’œuvre Blur-out, de Manon Torné-Sistéro. Là encore la notion de privation de liberté était au centre du propos, comme avec cette drôle de table de massage (EmbreaseEase1) censée apaiser l’usager, mais le contraignant plutôt à adopter des postures pour le moins inconfortables…

Julien Berthier, Everything’s Gonna Be Alright, 2004,
épreuve chromogène, 75 x 113 cm © Julien Berthier / ADAGP, Paris 2026
L’exposition oscille entre un sentiment de malaise diffus (changement climatique, vie professionnelle mordant sur la sphère privée) et humour. Peu importe que l’on nous annonce que tout va bien se passer (“Everything’s gonna be alright”), il ne faudrait pas prendre cela (cette injonction ?) au pied de la lettre. Ainsi pour écrire ce message optimiste, Julien Berthier a labouré les lettres dans l’herbe, retournant la terre comme pour pointer du doigt les outrages faits à la nature. Quant aux plantes artificielles qu’il a façonnées (Dead Plastic Plants), elles sont non seulement en plastique mais représentées dans leur aspect fané !
Pour cette exposition creusotine, Nile Koetting présente un nouveau projet, dans la continuité de ses recherches autour des exercices de simulation de catastrophes naturelles. L’artiste s’inspire ici des concerts d’évacuation d’urgence au Japon pour répéter gestes et attitudes à adopter en cas d’alerte. Une fausse catastrophe a été filmée sur la scène de L’arc, mettant à profit les outils scéniques que sont fumée, brouillard et lumières. Les arches de ballons brisées d’Aurore-Caroline Marty, parmi lesquelles se dissimulent des serpents, évoquent là encore, derrière les paillettes et le kitsch, une menace tapie.
L’exposition aborde aussi la question de nos existences numériques. Ainsi le duo d’artistes composé d’Émilie Brout et Maxime Marion. Le couple se représente dans l’œuvre vidéo A Truly Shared Love. En couple mais séparés, chacun dans son espace numérique individuel, leurs vies privées et professionnelles semblent intimement liées, voire inextricables. L’œuvre fait écho à Blur-out de Manon Torné-Sistéro, où un mannequin de silicone est recroquevillé à l’intérieur de ce qui paraît être une longue table de réunion, comme emprisonné par son travail.
– Dominique Demangeot –
Nos espaces de liberté – Révolutionnaire !, Le Creusot, L’arc, scène nationale, du 21 février au 30 mai
larcscenenationale.fr
