Nouvelle saison et deuxième mandat entamé par Maëlle Poésy à la direction du Centre dramatique national de Dijon Bourgogne ! Trois années à venir où la metteuse en scène, entourée d’une équipe artistique qui se renouvelle elle aussi, va notamment poursuivre l’accompagnement et le soutien des compagnies.
Accompagnement et soutien, deux axes forts du CDN et dans ce cadre, le TDB accueillera en résidence Roxane Palazzotto début octobre, qui reprend sa pièce Un qui veut traverser, créée en 2022 et à découvrir du 8 au 16 octobre. Cette adaptation du texte de Marc-Emmanuel Soriano est un seul en scène et ce qu’il y a à traverser, ici, c’est la mer. La pièce évoque les migrations, et met un visage sur ces anonymes en partance pour des horizons lointains. À d’autres moments durant la saison, il sera question d’Ailleurs, qui nous mèneront notamment en Cisjordanie avec Au nom du ciel. Le metteur en scène et auteur Yuval Rozman adopte l’angle poétique pour évoquer le meurtre d’un jeune Palestinien en 2020. Un conte fantastique pour traiter de problèmes bien réels et contemporains. Ultime volet de sa Quadrilogie de ma Terre, Au nom du ciel a pour but de “[p]arler oiseaux, comprendre l’homme”, comme le souligne Yuval Rozman. Ce dernier, en prenant la hauteur nécessaire (d’où la métaphore ornithologique), souhaite déterminer “où je me situe entre la catastrophe et l’espoir”, explique le metteur en scène israélien. Un drame que Yuval Rozman envisage cependant comme une comédie noire, afin de “comprendre la folie des hommes. Et pour affronter cette folie, leur seule arme, c’est l’humour : acide, cruel, absurde.”
Le TDB nous proposera d’autres destinations, d’autres exils comme celui de Valentina, jeune fille d’origine roumaine qui vit en France et traduit pour sa mère les discours du corps médical (cette dernière est venue dans l’hexagone pour soigner un problème cardiaque). Mais voir loin n’exclut pas de réduire la focale et se pencher sur des combats plus proches de nous, comme l’illustre 7 minutes, que Maëlle Poésy créait à La Comédie-Française en 2022, et qu’elle reprend en ce début de saison sur le plateau du TDB. Une nouvelle mise en scène produite avec le Théâtre National Wallonie-Bruxelles. Du 3 au 10 novembre, on plongera ainsi dans le quotidien d’ouvrières qui ont monté un comité d’usine afin d’installer un rapport de force avec leur direction, qui accepte de ne pas fermer l’usine à condition que les travailleuses renoncent à leurs sept minutes de pause…
Si les artistes inventent parfois de toutes pièces des mondes, des allégories pour servir leurs discours comme Le livre de K en novembre, par Simon Falguières, évoquant la montée des régimes autoritaires, tous et toutes se frottent au réel. Ailleurs ou ici, il semble que l’une des lignes directrices de cette programmation 2026-27 soit le combat, comme celui consistant à imaginer d’autres manières d’habiter le monde. Ainsi, “une forme de vitalité pour lutter contre la morosité ambiante”, voici ce à quoi aspire Benoît Lambert avec La mélancolie des paquebots. L’ancien directeur du TDB retrouvera la Salle Jacques Fornier en novembre et décembre, avec ce texte qui présente “un groupe d’hommes d’âge mûr, qui s’engagent dans une suite d’expériences ou d’essais, avec une visée qui reste mystérieuse”, confie Benoît Lambert. “On comprendra qu’ils préparent « quelque chose », sans savoir exactement quoi. Préparent-ils un spectacle ? Une action politique ? Ou leur suicide, comme dans un film de Ferreri ?” Qu’il s’agisse de se rire de la mort (Les corps incorruptibles d’Aurélia Lüscher) ou de “suivre le parcours et les motivations d’une jeunesse en mouvement, qui agit à son échelle pour des causes qui l’animent profondément”, comme le propose la Madani Compagnie (Nous les minuscules), cette nouvelle saison du TDB devrait donc également s’inscrire sous le signe des utopies !
– Dominique Demangeot –


