En ce début d’année, le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon et le musée de la Résistance et de la Déportation joignent leurs forces pour mettre en lumière le travail de l’artiste Ceija Stojka, née en Autriche (1933-2013) dans la communauté rom des Lovara. Une invitation à “garder les yeux ouverts” à travers l’art brut de Ceija Stojka.
Artiste autodidacte, autrice, peintre et dessinatrice, Ceija Stojka est une rescapée des camps de concentration d’Auschwitz, Ravensbrück et Bergen-Belsen. Elle y vivra entre 1943 et 1945, et témoignera du génocide des Tsiganes commis par le régime nazi, notamment dans un ouvrage, Nous vivons cachés. Récits d’une Romni à travers le siècle, publié en 1988. C’est également à travers la peinture et le dessin, activités qu’elle va débuter l’année suivante, que Ceija Stojka nous fera part de ses souvenirs. Une découverte de l’art sur le tard puisque l’ancienne déportée avait dépassé la cinquantaine lorsqu’elle se mit à la peinture. L’exposition est à découvrir au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, sur un co-commissariat d’Amandine Royer, conservatrice des arts graphiques au MBAA et de Vincent Briand, directeur du musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.
L’objet de Ceija Stojka – Garder les yeux ouverts est de mêler l’art et l’histoire en suivant le fil de 113 œuvres issues principalement de collections privées. L’art également comme un moyen de résistance/résilience, d’autant que l’artiste employa en particulier des couleurs vives, comme pour tenter de dissiper les ténèbres de ses souvenirs des camps. Dans une première section, on pourra découvrir l’art du paysage de Ceija Stojka, au fil des saisons, tandis qu’une deuxième partie se concentrera sur la période des déportations dans les camps de concentration. On y croise, mêlés, ses regards d’enfant et d’adulte. Une dernière partie s’attachera à la thématique de l’œil, motif récurrent chez l’artiste qui revêt plusieurs sens. L’œil prenant connaissance du monde qui l’entoure, témoin en particulier des exactions nazies, mais aussi un regard porté sur la société des années 1990 et 2000. “Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n’ouvre pas ses portes et fenêtres”, soulignait Ceija Stojka, “s’il ne construit pas la paix – une paix véritable – de sorte que mes arrière-petits-enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d’expliquer pourquoi j’ai survécu à Auschwitz, Bergen-Belsen, et Ravensbrück. »
Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie accueillera l’exposition mais aussi des ateliers, concerts et animations, en parallèle des traditionnelles visites guidées. La découverte de l’univers de Ceija Stojka se poursuivra au musée de la Résistance et de la Déportation, à la Citadelle, à travers des projections, conférences et du cinéma.
– Paul Sobrin –
Ceija Stojka – Garder les yeux ouverts, Besançon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, du 27 février au 21 septembre
Exposition déconseillée aux enfants de moins de 10 ans
mbaa.besancon.fr
citadelle.com


