Dijon – La Cenerentola à l’Opéra

“Una volta c’era un re”. Il était une fois un roi. L’opéra de Rossini commence selon la formule consacrée. Cet automne l’Opéra de Dijon accueille l’adaptation lyrique du célèbre conte de Cendrillon par le compositeur italien. Dans cette relecture pour la scène, Angelina est la Cenerentola, issue du premier mariage de l’épouse défunte de Don Magnifico. La fille adoptive est maltraitée et exploitée par sa belle-famille.

Nil Venditti, direction musicale – Photo David Winn

À partir du conte de Perrault, Rossini a bâti un opéra comique dont la partition magistrale déploie ses différentes facettes au fil de l’œuvre (composée en trois semaines en janvier 1817), tandis que le prince Ramiro se met en quête de sa future épouse. Le librettiste Jacopo Ferretti n’a pas conservé la dimension surnaturelle du conte, telles la bonne fée de Cendrillon ou encore la citrouille transformée en carrosse. Les pantoufles de vair sont quant à elles remplacées par un bracelet. La marâtre du conte originel devient ici un père pas très malin, un baron baptisé Don Magnifico… Le prince se déguise en écuyer et se rend chez le baron pour observer discrètement ses deux filles. Mais Ramiro croise Angelina et tous deux tombent amoureux au premier regard… Comme chez Marivaux, maîtres et serviteurs échangent leurs rôles. Le philosophe Alidoro s’était déguisé lui aussi, en mendiant, afin d’évaluer les deux filles de Don Magnifico. L’une d’elles pourrait-elle être digne d’épouser le prince dont il est le conseiller et l’ami ? Un bal décidera finalement de qui sera l’épouse du prince, mais la Cenerentola n’est pas autorisée à s’y rendre par son père, qui prétend que sa fille n’est qu’une servante. Alidoro va pourtant aider la Cenerentola à prendre part au fameux bal…

La Cenerentola à l'Opéra de Dijon

Ce dramma giocoso est sous-tendu par une ironie qui n’existait pas dans le conte de Perrault, et l’on y retrouve notamment les deux demi-sœurs Clorinda et Tisbe, indéniables ressorts comiques. Le Prince Ramiro et la Cenerentola sont logiquement le couple romantique par excellence, en opposition à des personnages plus burlesques comme le baron et les deux demi-sœurs sus-citées. La partition alterne ainsi quelques beaux moments romantiques avec des ritournelles et des chants de groupe propres à l’opéra-bouffe. Le succès sera immédiat (malgré une première quelque peu calamiteuse par manque de répétitions !) et éclipsera même celui du Barbier de Séville, un an plus tôt. La Cenerentola oscille donc entre bouffonnerie et mélancolie, parfois qualifié d’opéra semiseria pour cette raison. L’œuvre se distingue aussi par la diversité des configurations et notamment de nombreux ensembles, complexes et virtuoses, à l’instar du septet avec chœur fermant le premier acte, lorsque le valet Dandini s’est déguisé pour tenir le rôle de son prince. On peut également citer ici le tonitruant sextuor “Quest’e un nodo avvilupato” du milieu de l’acte II, en tant que pièce de bravoure, lorsque le prince reconnaît la Cenerentola grâce au bracelet qu’elle porte. À l’image de Rosina dans Le Barbier de Séville qui refuse d’épouser ce vieux barbon de Docteur Bartolo, Angelina échappe finalement à sa condition de servante et accède à une classe sociale supérieure, déterminée à ne pas laisser le destin (et surtout sa famille) décider de son avenir.

– Paul Sobrin –

La Cenerentola, Dijon, Opéra, du 4 au 10 novembre
opera-dijon.fr

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