Pour son premier rendez-vous de la saison, le TnS nous emmène au Maroc. Dès le 22 septembre, Kenza Berrada invite à découvrir une famille marocaine en crise, confrontée à ses contradictions et ses secrets lorsque la cadette, Benti, revient au Maroc pour se marier.
Kenza Berrada met en scène ce huis-clos, au sein d’une famille de la bourgeoisie marocaine où les codes et les bienséances (le swab) cachent difficilement le malaise et taisent les violences subies. Dans une bonne société où règne un savoir-vivre qu’il convient de respecter à tout prix, pas facile d’exprimer ses sentiments et ses désaccords. Kenza Berrada connaît bien ces convenances, venant de ce milieu, et Paradis Plage a réellement existé dans le sud du Maroc, lieu de villégiature au bord de l’Océan Atlantique où Kenza se rendait enfant, cabanons aujourd’hui détruits pour laisser place à de grands groupes immobiliers.
La maison traditionnelle marocaine, avec sa fontaine centrale (qui va finir par déborder) devient un ring où l’on s’affronte. On y combat aussi la nostalgie d’un temps passé, heureux. Entretemps, il y eut l’innommable, l’inceste. Dans Boujloud (l’homme aux peaux), Kenza Berrada questionnait déjà rapports de domination et consentement.
Les acteurs du Kabareh Cheikhats, passés maîtres dans l’art du chant, de la danse mais aussi du travestissement, interrogeront la question du genre et celle du pouvoir masculin. Les incompréhensions qui se font jour au sein d’une famille, notamment d’un point de vue linguistique, seront aussi abordées, lorsque les anciens sont exclus des conversations car les plus jeunes s’expriment en français et non en arabe marocain. La pièce mêle d’ailleurs les langues (arabe standard, arabe dialectal marocain et français), mais aussi les influences sonores, entre musiques andalouse traditionnelle et expérimentale libanaise.
– Paul Sobrin –
Paradis plage (une vie comme dans du miel), Strasbourg, TnS, du 22 septembre au 2 octobre
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