Ornans – Réalisme animal au Musée Courbet

La saison 2026 du Pôle Courbet est placée sous le signe de l’animalité et du rapport de l’homme au vivant. À la Ferme familiale Courbet de Flagey, l’artiste Paolo Boosten s’est ainsi inspiré de toiles de Gustave telles que La Truite ou encore La fille aux mouettes pour composer son exposition Versatiles Résurgences. Au Musée Courbet, l’exposition estivale se penchera sur l’art animalier.

Henri Bonnefoy, Les petits fiancés. Ville de Bourg-en-Bresse – musée du monastère royal de Brou ©Romuald Tanzilli

Dans de nombreux domaines, le XIXe siècle est un âge de bouleversements, techniques, sociaux et moraux. Le réalisme de Courbet allait bien évidemment concerner aussi l’art animalier. De la seconde moitié du XIXe siècle à la veille de la première guerre mondiale, ce dernier n’est plus un art mineur, et dans le sillage de la Révolution de 1848, l’égalité doit aussi avoir cours dans les arts. Il faut chercher l’origine de l’art animalier chez les maîtres hollandais, à l’image du Jeune Taureau (1647) de Paulus Potter, artiste méconnu et cependant précurseur du réalisme. L’Art animalier (avec une majuscule), devient donc art officiel, et va notamment aider à promouvoir la réforme rurale dans les années 1840. Il faut produire plus, industrialiser les élevages et sélectionner les races pour un meilleur rendement dans l’assiette ou pour les travaux agricoles. Rosa Bonheur sera l’une de ces artistes “officiels”, dont l’exposition présentera Le Labourage nivernais, prêt exceptionnel du Musée d’Orsay.

Mais si l’animal est exploité pour sa force et sa viande, c’est également au milieu du XIXe siècle qu’est fondée la Société protectrice des animaux, tandis que la loi Grammont introduit la question de la souffrance animale dans les débats. Des artistes vont s’emparer de ce thème, comme Alfred Stevens et Emmanuel Fremiet. Peu à peu, l’animal n’est plus seulement une bête, une chose, et commence à être considéré comme un être vivant à part entière. Les débats sur son statut font rage : l’animal ressent-il des émotions ou n’est-il qu’un “animal-machine” ? L’identification à l’homme se fait jour et l’anthropomorphisme gagne les toiles. Les artistes leur attribuent alors des attitudes et des expressions humaines. Si le XIXe siècle est celui de la révolution industrielle, les artistes, eux, quittent les villes pour retrouver le lien avec la nature. L’art animalier devient ainsi une composante de l’art naturaliste. Mais le Muséum d’histoire naturelle leur est aussi une grande source d’inspiration, pour observer les comportements des animaux et leurs anatomies de manière détaillée.

Exposition Réalisme animal au Musée Courbet d'Ornans

Cet été, on pourra également se rendre à l’Atelier de Gustave Courbet, situé à un kilomètre du musée, pour partir à la recherche d’un mandrill, un primate (en taxidermie) qui “s’est « échappé » des salles d’exposition pour se réfugier sous la verrière du maître !”, nous confie le Musée Courbet. On pourra y découvrir des œuvres graphiques nouvellement acquises. Le parcours n’est pas terminé puisque l’on aura aussi l’opportunité de visiter l’exposition de Paolo Boosten à la ferme familiale Courbet. Le monde animalier est là encore évoqué avec une grande installation créée spécialement en résidence. Dix semaines de recherche ont été nécessaires l’hiver dernier pour faire naître sur du papier coréen, à l’encre de Chine, des figures animales, humaines et végétales, inspirées de l’univers de Courbet.

– Dominique Demangeot –

Réalisme animal, Ornans, Musée Courbet, du 27 juin au 8 novembre
musee-courbet.fr

Paolo Boosten à la Ferme familiale Courbet de Flagey

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