En 2022, l’autrice Delphine Horvilleur imaginait un fils à l’auteur de La vie devant soi (Prix Goncourt 1975) dans son roman Il n’y a pas de Ajar. Ce monologue est désormais transposé sur scène par Johanna Nizard.
Le fils s’appellera donc Abraham pour explorer le thème de l’identité, ou plutôt des identités. Celle d’Émile Ajar lui-même fut au centre de toutes les attentions au milieu des années 1970. Il faudra attendre le suicide de Romain Gary pour apprendre qu’Ajar, c’était lui, ultime réinvention d’un romancier qui occupa les premières places des lettres françaises pendant plus de trente ans. Pour Delphine Horvilleur, on n’est « pas que » (elle souhaitait même en faire une fête dans le calendrier). “Pas que juif, pas que musulman ou chrétien, pas que français, pas qu’homme ou femme”, dit-elle. L’auteur fictif Émile Ajar lui apparut ainsi tout indiqué pour évoquer “les assignations communautaires, les obsessions identitaires”.
Delphine Horvilleur a imaginé qu’Ajar a eu un fils. Ce dernier nous offre un monologue dont s’empare aujourd’hui Johanna Nizard, “forme qui interpelle, tutoie, interroge, provoque et critique de manière ouverte et acerbe notre société”, souligne la comédienne qui veut aussi envisager cette prise de parole comme un espace d’expérimentation, où la réflexion n’exclut pas la dimension comique ! Dans une société en perte de repères, ce texte aspire même à une meilleure connaissance de soi. “Il n’y a pas de Ajar m’invite précisément à me quitter, à quitter mon identité, « à partir de moi », à partir à la découverte de ce que je connais et de ce que j’ignore encore de moi-même”, ajoute la comédienne. Et en se quittant soi-même, il se pourrait que l’on parte à la rencontre de l’autre, ou plutôt des autres dans leur(s) diversité(s), “croyants, non-croyants”.
Abraham Ajar est un solitaire et depuis sa cave, prétend être le fils d’un personnage de fiction, l’alter ego de Romain Gary. Difficile à définir, catégoriser, d’autant qu’il est interprété par une femme… Confusion des genres et des pensées. Difficile aussi, dans ces conditions, d’adopter une attitude sectaire. Abraham questionne beaucoup, interroge. “Pour la figure d’Ajar, notre désir est de provoquer le trouble”, souligne Johanna Nizard. “Le maquillage de théâtre sera l’outil qui nous permettra de créer les différentes figures d’Ajar.” Les costumes vont aussi se succéder, pour accompagner ce personnage provocateur qui n’hésite pas à nous entretenir de sa circoncision… “L’humour du texte est un cheval de bataille qui permet de franchir toutes les lignes qui nous séparent les uns des autres.”
– Dominique Demangeot –
Il n’y a pas de Ajar, Lons-le-Saunier, Le Théâtre, 21 et 22 avril à 20h
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