Zoe Brisby – La double vie de Dina Miller

ROMAN

Albin Michel

Parution le 6 mars 2024

En 1961, les allées tranquilles du quartier de Rocket District sentent le kérosène. Les États-Unis ont dépêché leurs meilleurs scientifiques en Alabama pour damer le pion à l’Union soviétique et être les premiers à envoyer un homme sur la Lune. Le chemin est encore long mais les Américains peuvent compter sur l’aide précieuse de plusieurs chercheurs, dont Werner Von Braun. Problème : ce sont d’anciens nazis.

La double vie de Dina Miller - Zoe Brisby - Albin Michel - Chronique dans le magazine DiversionsVoici le décor planté par Zoe Brisby dans son dernier roman, qui après Les Mauvaises Épouses, retourne aux États-Unis une décennie plus tard. Elle a laissé derrière elle les essais nucléaires pour s’intéresser cette fois à la conquête spatiale (avec également une incursion dans la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains), mais le dénominateur commun demeure le point de vue féminin du roman, ici celui de Dina Miller, agente israélienne traquant d’anciens dignitaires nazis. Elle intègre un groupe de femmes, les
« Bomb Wives »
, épouses des scientifiques travaillant pour la NASA qui vient d’être fondée. Zoe Brisby nous invite à aller débusquer, derrière la « contrainte constante des apparences », un ancien médecin allemand. Pour cela Dina Miller doit faire amie amie avec son épouse Cherry Stanford, complexée et effacée. Exploiter les failles de cette dernière pour atteindre le mari. Car même si Mandy Taylor, femme d’un proche collaborateur de Von Braun, aime à penser que « derrière tout scientifique, il y a une femme », il faut prendre cette expression au premier sens du terme. Les épouses restent sagement à la maison et dans l’ombre de leurs glorieux maris.

Dans La double vie de Dina Miller, le suspens du roman d’espionnage le dispute à la dimension de soap opera déjà à l’œuvre dans Les Mauvaises Épouses. Dina est en effet attirée par son instructeur (pas toujours facile de mêler boulot et sentiment). Mais le propos est autrement plus profond que celui d’un simple roman à l’eau de rose, et Zoe Brisby évoque une nouvelle fois ses thèmes de prédilection : les identités doubles et la culpabilité. Dina trouve en Cherry le moyen d’atteindre son nazi de mari, mais cette dernière aura peut-être aussi l’opportunité d’ouvrir les yeux sur son statut de femme soumise dans Rocket District. Si les Américains ont remporté la guerre nucléaire (et sont en bonne voie de réussir le même exploit en matière de conquête spatiale), les choses n’ont pas vraiment évolué en ce qui concerne les relations hommes-femmes. Et en matière de politique internationale, en pleine guerre froide USA/URSS, la fin justifie-t-elle, elle aussi, toujours les moyens ?

Marc Vincent

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