Vous les avez peut-être croisés ces dernières années, au sein de leur duo ou dans le cadre d’autres projets respectifs. Serge Kakudji, contre-ténor et David Demange, guitariste classique, enregistraient en avril dernier à la Saline royale leur premier album, à paraître le 9 octobre. Mwezi Una Angara sera présenté le lendemain lors d’une grande soirée à la Cathédrale de Belfort, où le duo s’était déjà produit il y a deux ans à l’occasion du FIMU.
On imagine qu’avec à peine trois jours de studio, l’enregistrement a dû être assez intense !
Oui ! L’esprit de l’enregistrement est très live, de la prise très peu retouchée voire pas retouchée. On a tout fait dans le studio, avec les musiciens invités.
Quels ont été vos acolytes avec Serge sur cet album à paraître ?
On a trois invités qui colorent l’album de manière très forte. Un qui joue sur beaucoup de morceaux, Petit Solo Diabaté, musicien burkinabé que Serge connaissait parce qu’il avait collaboré avec lui, qui a la particularité de jouer plusieurs instruments et de chanter. Il est griot et joue du n’goni, comme la kora mais en un peu plus petit. C’est un des plus grands joueurs de balafon d’Afrique.
Vous avez convié aussi un musicien bien connu dans la région, Fayçal Salhi.
Il intervient au oud sur un morceau du XVIe siècle de John Dowland, à l’origine écrit pour luth occidental et voix. On a fait la transcription pour guitare voix, mais on a mis en parallèle cette histoire du luth arabe. Le oud donne un caractère très poignant à Flow, my tears, le “tube” de Dowland. On est vraiment contents de toutes ces hybridations, ça donne tout de suite un côté très accessible à l’opéra ou au chant lyrique.
Et vous faîtes même intervenir un artiste hip-hop !
Oui c’est Napoleon Maddox, sur Music For A While de Purcell, en dialogue avec Serge, et ça symbolise complètement la façon dont on a pensé le disque, faire des interprétations assez personnelles et ouvertes de ce répertoire. Il a écrit un texte qui fait écho au texte originel.
Mwezi Una Angara sera le premier disque enregistré dans le studio de la Saline royale…
Il y a toutes les vidéos des masterclasses que la saline produit qui ont été faites dans le studio, mais il n’y avait encore pas eu d’album spécifiquement enregistré. On a eu la chance d’être accompagnés par un super ingénieur du son, Clément Gariel, qui a travaillé avec plein de gens (Tigran Hamasyan, Alexandre Tharaud, Camille Pépin…) et a fait un super boulot par rapport à ce son naturel qu’on voulait.
Pour celles et ceux qui ont assisté à vos programmes ces dernières années, on va retrouver vos morceaux habituels ?
On est dans les mêmes types de répertoires, il y a aussi des morceaux nouveaux et des duos guitare-balafon, balafon-voix.
Le prochain grand rendez-vous scénique sera à la Cathédrale de Belfort !
Oui il y aura Petit Solo et Fayçal avec nous. Dans le baroque on a les tubes de Haendel, Monteverdi, pour la musique Renaissance anglaise on a Dowland. On a une partie propre aux compositions de Serge, trois morceaux de guitare solo (un de musique haïtienne, un d’Erik Satie et un de Bach), et puis quelques autres typiques des contre-ténors comme Plaisir d’amour de Martini. C’est un patchwork, mais avec une dimension très croisée entre le baroque, le classique et la musique africaine. L’idée est aussi de remercier les contributeurs parce qu’on a fini la campagne participative avec 140 contributeurs, mais le concert est bien sûr tout public et on espère avoir du monde dans ce lieu emblématique !
– Propos recueillis par Dominique Demangeot –
David Demange, Serge Kakudji & invités, Belfort, Cathédrale Saint-Jean, 10 octobre à 20h30
Tarif unique : 15 €
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