À la Cité de la Voix, les Rencontres se préparent tout au long de l’année, en complicité(s) avec les artistes. Le festival, qui célébrait l’été dernier ses 25 ans, entame son deuxième quart de siècle sur la colline de Vézelay et aux alentours. Une édition à vivre “comme une traversée”, pour reprendre les mots de François Delagoutte. Le directeur de la Cité de la Voix évoque pour nous ce chapitre 2026.
Les grands concerts de 21h (et en après-midi le dimanche) font écho à des thématiques que l’on retrouvera encore aux Rencontres en 2026, à l’image d’un premier soir dédié au baroque, le vendredi aux grands ensembles vocaux…
Effectivement, dans le souhait d’avoir un équilibre de répertoires et quelques rituels pour le public, le jeudi soir sera une grande soirée baroque. De la musique française avec un programme Grand Siècle, Charpentier / Campra, défendu par Christophe Rousset et Les Talens Lyriques. C’est leur première venue à Vézelay. Vendredi soir il y aura l’ensemble Aedes avec qui on a cheminé pendant quelques années. Mathieu Romano, né à Auxerre, a beaucoup travaillé avec nous à la Cité de la Voix et Aedes fête ses vingt ans. Une sorte d’autobiographie chorale puisqu’il reprend les compositeurs de prédilection de l’ensemble depuis sa création (Poulenc, Britten, Brahms…). Et pour l’occasion une commande à une compositrice américaine, Sarah Grace Graves.
Le samedi on retrouvera l’ensemble associé à la Cité de la Voix…
On aura le programme des Métaboles et leur allié orchestral, l’Orchestre national de Metz Grand Est qu’on a déjà accueilli plusieurs fois. Ils seront plus d’une centaine sur scène autour de quatre pièces, dont la seule œuvre sacrée de Bernstein (Chichester Psalms). Une œuvre forte car elle pose la question des nations qui se font la guerre, chantée en hébreux, qui appelle à fédérer, très jubilatoire aussi.
D’ailleurs cette année, le fil rouge de l’édition 2026 sera la paix…
En écho à cette thématique, on a construit un programme avec Giulio Prandi de Coro e Orchestra Ghislieri (21 août à 16h à Vault-de-Lugny), avec des compositeurs italiens de musique chorale, pas forcément connus en France, sur cinq siècles. Le programme est rythmé par cette antienne, Da Pacem, chantée dans la liturgie au moment des menaces de guerre. L’occasion également de découvrir un jeune compositeur, Davide Tramontano, qui met en musique un texte des Confessions de Saint-Augustin.
Il arrive que l’on retrouve des artistes plusieurs fois dans le festival, comme avec Gli Angeli par exemple…
Stephan MacLeod était déjà venu avec La Passion selon Saint Matthieu. J’avais envie qu’il vienne clore cette édition avec La Passion selon Saint Jean, moins longue et plus dramatique.
Auparavant, on aura écouté la formation en petit chœur, samedi à 16h à Vault-de-Lugny…
On a à la fois des grandes œuvres, de la création contemporaine mais également des découvertes de compositeurs. Avec le programme Salve Regina (chœur et orgue), on sera au XVIIIe siècle à la cour des Esterhazi à Vienne. L’idée est de faire découvrir des compositeurs qui gravitaient autour d’Hayden. Il y a aussi quelques petits bonbons espiègles dans ce programme… mais je ne vais pas tout dire aujourd’hui !
En parlant de bonbons, le festival propose aussi des moments en entrée libre, concerts, mises en oreille, ateliers, déambulation et bal qui ponctuent la journée à Vézelay.
Oui j’y tiens beaucoup. L’idée c’est d’habiter Vézelay pendant quatre jours, et dire que la musique n’est pas seulement une expérience assise, silencieuse. C’est aussi de la pratique. On chante en ateliers, on va danser au bal folk qu’on a commandé à Catherine Faure pour cette édition.
‘‘La musique n’est pas seulement une expérience assise, silencieuse.
C’est aussi de la pratique. On chante en ateliers, on va danser au bal folk…’’
François Delagoutte, directeur de la Cité de la Voix
Le bal du samedi soir, à 22h45, va se préparer durant le festival ?
Oui, je l’avais installé en 2019 pour les vingt ans. Je voulais donner un petit coup de renouveau à l’événement. On peut aimer Bach et les poèmes de Rūmī, les chants soufis… Catherine Faure a écrit des chansons, travaille sur le répertoire folk de la région qu’elle rend contemporain par une instrumentation originale. Elle a réuni une petite équipe qu’elle a appelée la Tribu Zinzolin. Le zinzolin, c’est une couleur rouge, un mot un peu ancien. Elle aimait bien parce que ça déraille un peu comme mot ! Un bal folk avec des chansons très engagées. Il y a la déambulation d’ouverture aussi qu’elle va travailler avec les bénévoles, pour dire qu’on marche ensemble vers un monde meilleur.
Les concerts en terrasse sont d’autres moments qui ponctuent les journées.
J’ai un goût (et c’est aussi maintenant une marque de fabrique à Vézelay) pour le lien entre les répertoires savants et populaires, l’Occident et le reste du monde. Il y aura des polyphonies mongoles, balkaniques, du gospel, de la musique cubaine… La voix a quelque chose d’universel dans tous ses états !
Un autre artiste qui sort des sentiers battus est le ténor Zachary Wilder…
Zachary est un chanteur d’opéra américain qui a créé un récital autour de sa vie musicale et familiale, avec des petits échos à Bernstein. Sa famille vient de Lituanie et il a grandi à Brooklyn. Le programme ira de l’opéra à la musique traditionnelle d’Europe de l’Est, en passant par la comédie musicale, le jazz. On a beaucoup d’artistes qui viennent des musiques savantes, classiques, et qui vont vers d’autres types de musiques. C’est aussi le cas pour Diana Baroni qui est flûtiste baroque et chanteuse originaire d’Argentine, et qui aujourd’hui va vers les musiques d’Amérique du Sud.
On peut également citer, vendredi après le concert de la basilique, une nouveauté à découvrir à 22h30 ?
L’année dernière on a eu un peu plus de 9.500 personnes au festival. Il est attendu, et on avait envie de proposer une expérience originale. On donnera rendez-vous aux gens sur le parvis et on les emmènera dans un endroit qu’ils ne connaissent pas pour un concert secret !
Parlons des bénévoles, qui sont très présents aux Rencontres musicales…
Les trois quarts reviennent chaque année. À peu près la moitié viennent de Vézelay et de la région. Avec la déambulation d’ouverture, c’était important pour nous de leur dire : “C’est aussi votre festival à vous.” Ils répètent avec l’équipe de Catherine Faure qui arrive en début de semaine, quelques pas de danse et des rythmes. On utilisera des coquilles Saint-Jacques !
Un clin d’œil à l’affiche ?
Oui, et aussi le symbole du pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle !
L’autre nouveauté est la mise en place de navettes cette année.
Oui, entre Vézelay, Avallon et Vault-de-Lugny, pour les concerts de 16h, pour encourager les gens à laisser leurs voitures à Vézelay et apaiser un peu la circulation.
– Propos recueillis par Dominique Demangeot –
Rencontres musicales de Vézelay, Cité de la Voix et autres lieux, du 20 au 23 août
lacitedelavoix.net





