Cet hiver, Molière débarque sur les scènes franc-comtoises. Le collectif Clinic Orgasm Society adapte pour la première fois un texte théâtral, ici George Dandin ou le mari confondu. La pièce, écrite en 1668, a en effet toujours des choses très actuelles à nous dire en matière de normes sociales et de rapports de domination, comme on pourra le voir à Vesoul et Belfort.
George est un paysan qui a fait fortune, un “nouveau riche” dont le compte en banque et l’épouse, issue de la noblesse, n’effacent pas les origines populaires. Les parents de la jeune Angélique, aristocrates désargentés, ont vu dans ce mariage une opportunité d’améliorer leurs finances. Cependant Angélique tombe éperdument amoureuse d’un noble de la Cour, de passage en province. George tente alors d’annuler ce mariage mais les parents d’Angélique ne l’entendent pas de cette oreille. Cette pièce de Molière “met spécifiquement le doigt sur une absurdité tragique”, souligne la Clinic Orgasm Society, “celle de ce réflexe humain d’établir des codes sociaux artificiels qui décident de qui est “bien né” et qui ne l’est pas”.
En dépit de sa langue du XVIIe siècle, la pièce demeure quant à elle “indémodable”, comme le souligne le collectif belge, une œuvre dans laquelle la Clinic Orgasm Society clutive un esprit grand-guignol et une cruauté également bien présente. George Dandin est constamment rappelé à sa condition sociale d’origine, que l’aristocratie considère comme inférieure. Et force est de constater que sa fortune nouvellement acquise n’apaise pas Dandin. Angélique, elle, aimerait que ses parents la laissent libre de choisir avec qui elle se marie. “Au fond, nous voyons ce « George Dandin ou le mari confondu » comme une farce tragique plus qu’une comédie grinçante”. Le collectif y distingue en effet un certain nihilisme, d’où cet esprit punk qu’il a souhaité intégrer à l’action de ce “Grand Divertissement royal de Versailles” comme il fut appelé à l’origine.
“Le Grand Divertissement Royal de la Clinic Orgasm Society” se réclame en particulier de l’esprit subversif et du flegme tout britannique des Monty Python, où là encore la cruauté affleurait très souvent derrière l’humour anglais (et absurde !). “Sous la nappe de la comédie grinçante et la finesse du langage se tapit une sauvagerie innocente qui donne à l’humour de la pièce une férocité unique”, explique le collectif. George de Molière se déroule à un rythme endiablé, et “l’univers sonore, musical et visuel devient de plus en plus hallucinatoire et psychédélique.” Le collectif reprend également la pastorale de 1668 (intermèdes de chants, musique et danses qui, sous couvert de divertissement, ne sont pas dénués là encore de critique sociale). La musique de Lully est abandonnée ici au profit d’ambiances de carnavals. “Il s’agit surtout de pouvoir jouer avec le contraste de deux mouvements antagonistes — d’une part la fête qui vibrionne avec une joie implacable, d’autre part la chute trois fois répétée de George Dandin”. La Clinic Orgasm Society nous entraînera donc dans un tourbillon de musiques, de mots et de sons !
– Marc Vincent –
George de Molière, Vesoul, Théâtre Edwige Feuillère, 24 et 25 février à 20h30
theatre-edwige-feuillere.fr
Belfort, Théâtre GRRRANIT Scène nationale, 27 février à 20h, 28 février à 19h
grrranit.eu

