Jason Wilber – Time Traveler

FOLK

Wilbertone Records

Le chanteur guitariste qui a longtemps cheminé aux côtés de John Prine, perdait en avril dernier son père spirituel. Jason Wilber aura nécessairement beaucoup appris aux côtés de ce pape de la musique américaine, adoubé par tout ce que la planète folk compte de références, de Joan Baez à Johnny Cash, et on en oublie des wagons. Quand on sait que Jason Wilber fut aussi le directeur musical de John Prine, on ne s’étonnera pas de la qualité de ce neuvième album solo, où la notion de songwriter prend tout son sens.

Jason Wilber - Time TravelerDepuis Woodie Guthrie, Bob Dylan et d’autres, l’artiste folk s’affirme comme un chroniqueur de son époque, pointant de son médiator, parfois la beauté du monde, le plus souvent nos absurdités et nos noirceurs. Si avec Time Traveler, Jason Wilber évoque des histoires tantôt mystiques, tantôt penchant vers la science-fiction, c’est toujours pour revenir à ses contemporains, et à notre époque par trop réelle. Wilber évoque ici pour une grande part la nature, l’environnement et les dangers que lui font encourir les hommes. Living In Space, pierre d’angle de l’album, y fait directement allusion, comparant le bipède à un enfant gâté. Dans The Disappearance Of Big Foot, il dépeint une créature féminine (animal ? être humain ? créature surnaturelle ?) vivant à l’écart des hommes. Là encore le poète chanteur évoque nos problématiques actuelles : décroissance, gaspillage des ressources naturelles… Il n’est pas exagéré de comparer nos chanteurs et chanteuses folk à des sortes de Big Foot, restant à bonne distance de leurs contemporains pour mieux dénoncer leurs travers, une « vie de poète » pour paraphraser l’un des titres de l’album.

En ces temps troublés, où un virus a envahi notre vie (emportant au passage celle de John Prine), une certaine science-fiction semble avoir pris possession de nos existences. D’ailleurs sur Living In Space, le narrateur est un astronaute parti loin de sa planète bleue. Enregistré plusieurs mois avant le décès de John Prine, Time Traveler sonne forcément un peu plus sombre depuis avril dernier, lorsque l’on écoute ces chansons contemplatives. Avec le sombre blues Spider, Wilber nous emmène en bal(l)ade nocturne, faisant référence au réseau mondial d’internet, avant que ne résonnent quelques clairs accords sur The Old Ones, le conte d’une vieille femme vivant sous la mer, d’un vieil homme vivant dans les cieux, d’oiseaux et de serpents… Et oui, dans le monde (idéal, et bien évidemment utopique, rêvé) de Jason Wilber, les aigles et les rennes vous soufflent des histoires à l’oreille ! Ici le son de Nashville n’est pas d’actualité, et l’auditeur se love généralement dans le dépouillement d’un brillant guitare-voix. En peu de notes, en quelques mots, Wilber dit beaucoup, tout juste entend-on, l’accompagnant parfois, un violon, un violoncelle qui viennent lancer quelques notes. Wilber nous donne congé sur All I’ve Got Left Is Time, autrement plus enlevée, comme porteuse d’espoir, et on rêve déjà de le retrouver seul en scène dans les prochains mois, espérons-le.

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