Célimène Daudet – Haïti mon amour

CLASSIQUE

NoMadMusic

Pour son cinquième album en solo, Célimène Daudet rend hommage à ses origines maternelles, fruit d’une découverte récente de l’interprète qui créait en 2017 un festival de piano en Haïti. Haïti mon amour nous fait entendre trois compositeurs de l’île : Ludovic Lamothe, Justin Élie et Edmond Saintonge, musiciens peu connus dans nos contrées auxquels la pianiste rend cependant un vibrant hommage.

Célimène Daudet - Haïti mon amour - NoMadMusic - Chronique album

S’étant vue offrir une partition de Ludovic Lamothe (1882-1953) par l’école de musique de Port-au-Prince, Célimène Daudet s’est alors plongée plus avant dans cette musique, et grand bien lui en a pris ! D’emblée, on est frappés par l’amplitude de ce Feuillet d’album n°1 qui inaugure le disque et par son orfèvrerie mélodique. De Lamothe, on peut également entendre quelques Danzas. Citons la troisième, l’un des joyaux d’Haïti mon amour, si gracieuse qu’il est difficile de ne pas y déceler des éclats romantiques du Nocturne op.9 n°2 de Chopin. Comme un clin d’œil, la pianiste clôture d’ailleurs le disque par une pièce de ce dernier, l’un des Chants polonais (le Printemps) qu’arrangera Franz Liszt. Il faut dire que Lamothe, comme Élie, sera marqué par la musique européenne, Chopin en particulier, effectuant ses études en France avant de retrouver son île natale. Les deux musiciens tourneront d’ailleurs ensemble en Haïti.

Haïti mon Amour ne suit pas l’ordre des différentes pièces, et ne présente pas non plus la totalité des séries, optant plutôt pour une déambulation parmi les compositions des trois musiciens. Et si les Chants de la montagne de Justin Élie (1883-1931), sont là encore d’inspiration très européenne, impulsés par quatre notes qui traversent la partition comme un écho, le compositeur opèrera lui aussi une synthèse réussie entre esthétiques savantes et populaires, comme l’illustrent ses Méringues, « fort marqueur identitaire », souligne Célimène Daudet dans le livret du disque, « symbole de révolte, notamment face à l’occupation américaine à l’œuvre en Haïti au début du 20e siècle ». Le métissage comme arme politique. On préfèrera d’ailleurs le terme de transhumance, tant ces musiques sont nées de déplacements, dans le sillage de la traite négrière qui peupla Haïti à partir du XVIe siècle. Les esclaves d’Afrique s’approprieront les danses apportées par les colons européens en y adjoignant leurs propres cultures. Lamothe ne nous dit pas autre chose lorsqu’il compose Icônes vaudouesques, Loco, pièce là encore contrastée, entre syncrétisme haïtien et tradition européenne.

D’Edmond Saintonge enfin (1861-1907), on découvre la très lyrique Élégie – Méringue, de la part de ce pharmacien de formation, disparu précocement à 45 ans. Une pièce aux accents afro-caribéens, racée et pleine de contrastes, interprétée avec panache et tout en nuances par Célimène Daudet. Ce nouveau disque Haïti mon amour nous offre tour à tour un romantisme européen qui nous berce, brillamment interprété, et des rythmes plus chaloupés, tempi vaudous et africains qui nous emmènent ailleurs. La pianiste a méticuleusement reconstitué des partitions pour les besoins de ce disque, si bien que c’est aussi sa propre histoire, du côté haïtien, qu’elle s’en est allée recomposer en quelque sorte, d’où probablement la belle énergie placée dans cette entreprise.

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