ROMAN
Albin Michel
Parution le 14 janvier 2026
Alma, journaliste à Rome, retrouve l’île de son enfance, baignée par l’Adriatique au nord-est de l’Italie. À la mort de son père, elle retourne à Trieste pour récupérer un héritage que ce dernier lui a laissé. Une occasion pour la journaliste de replonger dans ses souvenirs, et pour Federica Manzon d’évoquer les notions d’identité nationale et de transmission.
Trieste, ancien port franc de l’Empire austro-hongrois avec un pied dans l’Italie, l’autre dans les Balkans, occupe toute la place dans les souvenirs d’Alma. Carrefour de cultures qui fut tour à tour, au fil de son histoire chaotique, austro-hongrois, français, allemand, yougoslave. Sur les murs, les impacts de balles rappellent des temps sombres. Alma se souvient en particulier de son père, cet homme “fuyant toujours”, travaillant pour le Maréchal Tito, si habile pour passer d’Est en Ouest. Trieste voit grandir Alma et Vili, un garçon que son père ramène un jour de ses escapades “de l’autre côté”.
Plusieurs personnages du roman ont cherché à fuir, ou doivent composer avec un exil imposé, à l’image de la mère d’Alma qui a quitté la bourgeoisie de la Mitteleuropa, “[l]’environnement qui a oppressé sa mère toute sa jeunesse”. Vili lui, a la nostalgie de Belgrade et en particulier de ce “quartier construit par les chantiers de la jeunesse yougoslave”. Alma est partagée entre les mondes italien, austro-hongrois et slave, comme l’île de son enfance. Et puis un jour, tout bascule. L’île communiste, avec le faste de ses cérémonies officielles, les diplomates et les actrices du temps du Maréchal, va bientôt perdre de sa superbe. La Yougoslavie est sur le point d’imploser, semant les germes de la guerre des Balkans dans les années 1990.
Retour à Trieste évoque aussi “cette Europe qui prépare un nouveau génocide”. Federica Manzon décortique le processus insidieux du nationalisme s’infiltrant dans les esprits. Le roman parle de ces vies balayées au gré du “cours tumultueux des événements”, ainsi que de l’emprise que peut exercer un lieu sur nos vies, influençant jusqu’à “l’idée que les gens se font de nous”.
– Paul Sobrin –
