Nicolas Rey – Médecine douce

ROMAN 

Au diable vauvert

Parution le 14 mars 2024

Nicolas Rey n’en finit plus de solliciter la fibre sociale de ses personnages. Après Diego Lambert qui mettait à profit le poste de DRH offert par son père pour sauvegarder, contre l’avis de ce dernier, les emplois d’une de ses entreprises (Crédit illimité, 2022), le romancier nous présente cette fois Martin Faubert, médecin Robin des Bois qui surtaxe ses riches patients et exonère les pauvres.

Nicolas Rey - Médecine douce - Au diable vauvert - Chronique dans le magazine DiversionsCette belle mécanique humaniste plutôt bien huilée va se voir grippée par l’arrivée dans le cabinet de Martin d’une patiente forcément irrésistible, Aurore Rosier, qui pousse le généraliste à piétiner son serment d’Hippocrate. Et ça marche puisque très vite le médecin et sa patiente débutent une relation adultère au mépris de leurs couples respectifs. Une aventure spirituelle et charnelle inattendue qui détourne Martin de sa calvitie naissante, son encombrante bedaine et son couple dopé au viagra. On est bien en présence de l’anti-héros typique de Nicolas Rey, cynique et désabusé, tel le nourrisson qui « souffre le martyre d’avoir été projeté dans un monde qui n’est pas le sien ».

Bien placé pour observer la fragilité de la vie, le toubib tente cependant de conserver un semblant de panache en son début de cinquantaine. Pour l’aider il peut compter sur l’un de ses patients, Nicolas Royant, écrivain cocaïnomane en chagrin d’amour perpétuel (tiens tiens) qui lui rédige ses sms galants et le fournit en conseils de toutes sortes. Nicolas est sa fée Clochette qui va l’assister dans son périple en terre d’Aurore Rosier. Mais comme dans toute vie qui se respecte, « [o]n sait tous très bien que l’histoire va mal se terminer ». Cela n’empêche nullement Nicolas Rey de nous servir un shot de littérature dont il a le secret, empli d’humour à froid et de succulents dialogues, éclaboussant des deux pieds le politiquement correct de notre époque aseptisée comme une table d’examen. Sur la table d’examen de Martin Faubert, qu’une lettre sépare du grand Gustave, le praticien voit défiler une partie du spectre humain moderne, en nourrissant selon les cas mépris ou empathie. Du vieil écolo angoissé à la bimbo instagrammée, en passant par la comptable dépressive (sans compter sa propre vie sentimentale compliquée), Martin pourrait même en faire tout un roman, comme une ultime pirouette à la fatalité. « Il faut toujours être élégant lorsque le malheur arrive. »

Dominique Demangeot

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