Dans le cadre du Portrait Léopoldine HH, la comédienne et musicienne Léopoldine Hummel est présente plusieurs fois cette saison à la scène nationale de Mulhouse. Après 8 soirs par semaine aux côtés de Camille Chamoux et Vincent Dedienne en mars, et Woyzeck ou la vocation mis en scène par Tünde Deak en avril, l’artiste nous présentera en mai sa propre création entre musique, théâtre et performance.
Ce “cabinet musical et poétique hors du temps”, comme le définit La Filature, Léopoldine l’a adapté du roman éponyme de Gwenaëlle Aubry. Comme souvent avec l’artiste, théâtre et musique sont intimement mêlés. Quatre filles font irruption dans une maison. Une rock star anglaise qui a développé une peur panique de la scène après les attentats du Bataclan. Une sculptrice grecque hantée par des corps de migrants échoués sur son île. Une danseuse allemande blessée et enfin une actrice française qui a osé briser le quatrième mur un soir de spectacle. Autant dire que ça ne va pas fort dans leurs carrières. “J’ai senti pour la première fois un rapport charnel à des questionnements philosophiques”, confie Léopoldine HH, lorsqu’elle évoque la découverte de l’écriture de Gwenaëlle Aubry.
Très vite, la rencontre a lieu entre les deux femmes, des premières collaborations naissent, et puis arrive La Folie Élisa, projet né de “cette sensation physique et le désir irrépressible de lire à voix haute, de chanter, de transmettre ses livres”, explique Léopoldine HH. “Pourquoi ces quatre-là n’y arrivent plus. Qu’est-ce que c’est ce point de rupture, de bascule lié à la violence du monde ?” Malgré le chaos, la nécessité de créer est toujours présente. Il se pourrait même que les fragilités des quatre artistes muent en une forme de résistance.
Si les quatre personnages ne sont pas physiquement présents sur scène, Léopoldine a recueilli leurs voix. Des voix pour témoigner de leurs fragilités, chacune dans une chambre, et évoquer les défis qui s’annoncent à elles en tant que créatrices. La Folie Élisa va également convoquer d’autres artistes célèbres comme la sculptrice Louise Bourgeois, les danseuses Valeska Gert, Loïe Fuller, mais aussi le groupe Nirvana.
Pour faire le lien entre les différentes chambres, il y a L., interprétée par Léopoldine HH. Au plateau, un chœur amateur chante a cappella, car Léopoldine a composé des partitions vocales, polyphoniques et polyglottes à partir du texte de Gwenaëlle Aubry, afin de faire entendre les langues des différents personnages. Des ateliers vont ainsi se tenir en mars et avril pour découvrir l’univers de Léopoldine HH, le chant collectif mais aussi s’adonner à des “explorations théâtrales”, comme le précise La Filature. Une composition vocale du spectacle sera apprise, pour l’interpréter les 20 et 21 mai prochains.
L’occasion aussi de mettre à profit les sonorités de différentes langues, “parce que la matière sonore des langues, dont on ne comprend pas forcément les paroles, m’intéresse de manière générale dans ma vie, et particulièrement ici dans la construction sonore globale de ce spectacle”. Le chœur amateur invité au plateau pourra produire du sens, mais un travail est également effectué autour de nappes sonores ou encore de bruitages. Tout un univers sonore élaboré par Léopoldine HH et son équipe, qui amènera également sur scène des machines et un piano préparé.
– Paul Sobrin –
La Folie Élisa, Mulhouse, La Filature, 20 mai à 20h, 21 mai à 19h
lafilature.org

