Constance Trautsolt – Pour la peau de Shirley Page

ROMAN

Harper Collins

Parution le 10 janvier 2024

On désignait par Shirley les mannequins utilisés par Kodak afin d’effectuer ses tests couleurs à partir des années 40. Toute puissante au sein de son Kodak Park (qui rappelle l’impressionnant et circulaire Apple Park dans la Silicon Valley), l’entreprise sera l’une des pionnières de la démocratisation de l’image. La mère de la narratrice fut l’une de ces Shirley tout en travaillant comme fille au pair aux États-Unis. 

Constance Trautsolt - Pour la peau de Shirley Page - Harper Collins - Chronique dans le magazine Diversions

L’exil, la narratrice l’a connu elle aussi, partie à Tunis juste après la survenue du printemps arabe en 2012. De retour en France, elle a du mal à oublier ses relations amicales/amoureuses de l’autre côté de la Méditerranée. Débute alors un périple entre les époques et les cultures, France, USA et Tunisie, mise au jour non seulement d’un pan de l’histoire de sa mère, mais en tirant le fil la narratrice en vient aussi à (re)considérer une plus grande part de son histoire familiale. Pourquoi sa mère ne lui a-t-elle jamais parlé de cet épisode pourtant insolite de sa vie ?

Dans un style déjà très personnel, Constance Trautsolt génère des échos entre la standardisation de la société de consommation occidentale, la quête de liberté du peuple tunisien dans les années 2010 et celle de sa mère, partie seule faire le grand saut aux États-Unis. La narratrice appréhende le passage du temps en guettant les signes de ce dernier sur le corps de sa mère, prend aussi conscience du caractère précieux de la mémoire alors que sa grand-mère souffre d’Alzheimer. Témoigner pour inverser le processus de disparition (le Kodak Park n’existe plus). « Garder le récit des histoires vécues. »

C’est d’ailleurs le décès du grand-père qui initie cette quête/enquête sur trois générations de femmes composant avec les codes sociaux de leurs époques. Une histoire de regards aussi : la violence du regard masculin sur le sexe opposé, et la manière dont une jeune femme considère les générations qui l’ont précédée. Car les Shirley Cards nous disent aussi beaucoup de l’époque à laquelle a grandi la mère de la narratrice, illustrant un certain standard (les Shirley étaient blanches, et en robe, forcément), « la violence d’un regard univoque sur ce qu’était le ‘’normal’’ ». De nuance au contraire, ce premier roman ne manque pas (un chapitre pour chaque couleur), peut-être parce que la vraie vie est plus difficile à calibrer qu’une photographie.

Dominique Demangeot

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