Kerwin Spire – Monsieur Romain Gary – Alias Émile Ajar

ROMAN

Gallimard

Parution le 9 octobre 2025

Il y a un demi-siècle, le Prix Goncourt 1975 était attribué à Émile Ajar pour son deuxième roman La vie devant soi. Kerwin Spire conclut sa trilogie consacrée à Romain Gary en se focalisant sur la plus grande mystification littéraire du XXe siècle. 

Kerwin Spire - Monsieur Romain Gary - Alias Emile Ajar - Gallimard (- Chronique dans le magazine Diversions“Me voilà recommencé !” pense Romain Gary lorsqu’il met en place le canular Ajar, qui perdurera jusqu’au suicide de l’écrivain sept ans plus tard. La véritable identité d’Émile Ajar sera révélée six mois après sa mort. Celui qui avait apporté tant de soin à s’inventer des vies mettait un terme définitif à la sienne le 2 décembre 1980. Dans les deux premiers volets de sa trilogie, Kerwin Spire nous avait déjà démontré combien l’auteur de La Promesse de l’aube appréciait la transgression, comme si l’ancien héros de guerre, qui enchaîna sur une brillante carrière de diplomate puis de consul à Los Angeles, s’était retrouvé face à une existence trop étriquée pour lui. Cimarron signifie cheval sauvage en espagnol, comme le faisait remarquer Dominique Bona en 2016 (Mes vies secrètes, Gallimard). Manière appropriée de parler de Romain Gary. Quitte à se réinventer à chaque publication, pourquoi ne pas écrire sa propre vie et multiplier les identités ?

Après sa relation tumultueuse avec l’actrice américaine Jean Seberg, les années 70 sont le théâtre d’une ultime remise en question pour Gary. La mort de Pompidou marque “le début d’une nouvelle ère”, pour la France et le romancier également. Dans sa maison de Cimarron aux Baléares, Romain Gary écrit à l’écart du monde. Une fois encore, Kerwin Spire s’appuie sur de nombreux documents écrits, extraits d’émissions radiophoniques et télévisées, pour nous faire vivre au plus près ce dernier épisode de la vie de l’auteur. Il nous introduit dans le milieu littéraire parisien et dévoile surtout les ressorts de cette manipulation médiatique orchestrée par Gary qui tirait les ficelles dans l’ombre, avec la complicité de celui qu’il appelait son neveu (en réalité son petit-cousin), Paul Pavlowitch, qui a prêté ses traits à Émile Ajar. 

Kerwin Spire mène en parallèle une réflexion sur l’écrivain et son rapport à la célébrité, dans un récit haletant, parfois rocambolesque de cette “affaire” Ajar qui fit grand bruit… le buzz comme on dirait aujourd’hui. Ce troisième et dernier volet est enfin le portrait d’un romancier vieillissant, inquiet pour sa postérité, devinant pourtant dans les yeux d’une jeune artiste peintre, Florence Baumgartner, qu’il peut encore séduire et créer. “Tu ne peux pas te jouer de l’édition comme ça !”, lance Robert Gallimard à Romain Gary. “Je me joue de moi-même”, lui rétorque l’auteur. Être une personnalité publique revient-il à jouer un personnage ? Avec Émile Ajar, Romain Gary va peut-être incarner son plus beau rôle, seul écrivain de l’histoire du Goncourt à remporter deux fois le prix prestigieux. Cela valait bien un roman.

Marc Vincent

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