Dijon – La Bohème à l’Opéra

David Geselson, artiste associé au Théâtre Dijon Bourgogne, met en scène sa première œuvre lyrique à l’Opéra de Dijon en partant à la rencontre de la jeune ouvrière Mimi et du poète Rodolfo. À l’instar de Cavalleria Rusticana et Pagliacci, programmés l’automne dernier à l’Opéra de Dijon, on peut rapprocher La Bohème du courant vériste né au début des années 1890, proche du naturalisme français en ancrant les opéras dans un cadre réaliste.

Créée à l’Opéra-Comique en 1896, La Bohème est l’un des chefs d’œuvre de Puccini, parmi les opéras les plus joués au monde, adaptation de la pièce de théâtre d’Henry Murger et Théodore Barrière : La Vie de Bohème (1849) et du roman de Murger, Scènes de la vie de bohème (1851). On y suit les parcours de jeunes artistes pauvres dans le Paris des années 1830. La version lyrique resserre l’intrigue autour de Mimi et Rodolfo. Si la composition de la partition prit environ quatre ans, il en fallut deux aux librettistes pour satisfaire aux exigences de Puccini, qui recherchait une réelle efficacité dramatique. On peut aussi noter que le personnage de Mimi sera retravaillé dans la version lyrique, apparaissant plus doux, plus fragile (et fidèle…) que dans le roman de Murger.

Rodolfo vit dans une mansarde en compagnie du peintre Marcello, du musicien Schaunard et du philosophe Colline. Ils fêtent Noël mais le propriétaire interrompt les célébrations en venant réclamer son loyer. Ses amis sortent ensuite, mais Rodolfo reste pour terminer un article. C’est alors que sa voisine Mimi frappe à la porte. Elle vient lui demander du feu pour rallumer sa bougie.

Marta Gardolińska, direction musicale – Photo : Bartek Barczyk

Marta Gardolińska dirigera l’Orchestre Dijon Bourgogne, les Chœurs de l’Opéra de Dijon et de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, et la Maîtrise de Dijon dans cet opéra qui mêle scènes comiques et dramatiques, voire tragiques (Mimi souffre de phtisie à cause de ses conditions de vie précaires). Une diversité de tons à l’image des envolées lyriques du couple central et de la valse de Musette (hommage au vieil opéra comique). La partition mêle donc les genres, comme dans le deuxième tableau, où une scène de foule typique de l’opéra italien côtoie un moment plus léger, une parenthèse d’opérette lorsque des amis discutent au café Momus. Ailleurs on trouve des allusions au romantisme de Verdi, des phrases mélodiques intimistes typiques de Puccini et même quelques couleurs impressionnistes au début du troisième acte, lorsque les mornes matins d’hiver sont évoqués.

Anass Ismat, chef du Chœur de l’Opéra de Dijon – Photo : Mirco Magliocca

Étudiant au conservatoire de Milan à partir de 1880, Puccini connaîtra lui aussi une forme de bohème, fréquentant de jeunes artistes, peintres, musiciens, auteurs à l’image de Giuseppe Giacosa qui deviendra son librettiste. Une bande de jeunes artistes anti-conformistes, même si Puccini lui-même ne souffrit pas de la faim, logé par son oncle. Il n’était pourtant pas assez riche pour s’acheter un poêle à charbon… On retrouve d’ailleurs cette thématique du froid mordant dans toute La Bohème. “Mes mains, bien au chaud… et dormir” seront d’ailleurs les dernières paroles de Mimi. Mais en contraste, on se réchauffe aussi dans cet opéra… aux feux de l’amour ! Et en particulier à la passion qui unit Mimi et Rodolfo, loin des mariages d’intérêt de la bourgeoisie, une envie d’émancipation qui rassemble tous ces jeunes artistes, une nouvelle génération à la fois insouciante et nourrie de rêves de gloire.

– Paul Sobrin –

La Bohème, Dijon, Opéra (auditOrium), du 11 au 17 mars
opera-dijon.fr

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