Hier soir Eleonora Rossi et l’équipe de la scène nationale belfortaine conviaient le public à leur présentation de saison. Un bouquet de spectacles qui sera teinté en particulier par les cultures africaines, et conviant aussi des artistes comme Macha Makeieff, Dominique Blanc, ainsi que de nombreuses compagnies de la région. Toujours multidisciplinaire, le GRRRANIT a bâti une programmation qui se joue des étiquettes, et les ferait même plutôt valser !
Dès la rentrée de septembre 2026, le théâtre ne nous proposera rien de moins que De l’horreur et du sublime! La cie Le Gazouillis des Éléphants sera en résidence à Belfort pour mettre les dernières touches à sa nouvelle création. La première sera à découvrir le 21 septembre à 20h, une danse qui nous plongera dans une ambiance de guerre civile pour évoquer “les pulsions et les passions humaines en temps de crise”, une fois que les digues sociales ont définitivement craqué. Une partition “toujours à deux doigts du déséquilibre”, comme le dit encore la compagnie, pour évoquer cependant aussi les voies de salut, les élans collectifs et la résilience. À la tristesse contemporaine évoquée dans l’édito par la directrice, les artistes répondent avec leur armes poétiques qui visent juste.
L’art dramatique s’envisagera à l’aune du répertoire (Le Mariage forcé de Molière adapté par la cie 800 Litres de paille, Œdipe roi, Œdipe à Colone et Antigone de Sophocle réunis par Stéphane Braunschweig) ou à travers les écritures d’aujourd’hui. La cie Les Hommes des Fées dénoncera ainsi les 1er et 2 octobre l’homophobie et les thérapies de conversion dans Et nous serons sauvé.e.s. Le Pudding Théâtre, grand nom des arts de la rue, présentera le 15 octobre à la Coopérative SN Alex, Nellie, Jeanne, Édith, Sara et autour…le monde, pour parler (avec humour) du tourisme de masse.
Les musiques du monde, venues d’Afrique, auront tendance à fusionner avec des esthétiques plus modernes. Le 6 mars 2027, l’oudiste tunisien Dhafer Youssef mariera les traditions soufies aux sons d’aujourd’hui, jazz et improvisation, à l’occasion du bel hommage qu’il rend à sa compagne frappée par la maladie. Citons encore le Kanazoé Orkestra dont le projet Balabeatz mélange, comme son nom l’indique, balafon et musiques urbaines d’Afrique. Ils seront à Belfort le 4 juin prochain. Et si le volet musical nous portera souvent vers les côtes africaines, on pourra également profiter d’un concert classique le 14 février à l’occasion de la Saint-Valentin en compagnie de l’Orchestre Dijon Bourgogne et de la mezzo-soprano franc-comtoise Isabelle Druet (un moment logiquement romantique mais qui lorgnera aussi du côté baroque avec Haydn). La scène nationale abordera même la musique modulaire les 15 et 16 octobre avec le compositeur ouighour réfugié en France Erpan Hesher. Sa musique électronique accompagnera le film Nosferatu de Murnau (1922). Là encore les époques et les styles vont s’entrechoquer à Belfort !
Et si vous êtes des habitués du théâtre belfortain, vous savez qu’on y voyage souvent. Corée du Sud, Kazakhstan (dont les liens avec le GRRRANIT ont été renforcés récemment), Maghreb, Italie… Cette saison, les périples africains seront aussi gastronomiques avec des ateliers cuisine (Sénégal, Mali, Tunisie, Burkina Faso), pour cajoler papilles et vivre-ensemble, à l’unisson des propositions musicales, chorégraphiques et théâtrales du Focus Les Afrique(s) (parce qu’il n’y en a pas qu’une). Les « grrranitiens » et « grrranitiennes » connaissent bien désormais également le duo clownesque Daniele Segalin et Graziana Parisi qui nous viennent d’Italie avec plusieurs propositions de clown contemporain, quand vient avril. Ce sera encore le cas en 2027 avec de nombreux artistes officiant dans le domaine de l’humour visuel.
Au GRRRANIT, on y danse. Et le public aussi à l’occasion d’un grand bal participatif dirigé le 22 mai prochain, place Corbis, par Yuval Pick. En novembre le chorégraphe israélien sera en résidence pour travailler à sa nouvelle création Bloom Again, qui fleurira le 21 mai sur le plateau du GRRRANIT SN. Bloom Again conjurera la tristesse contemporaine au son du rock alternatif de la fin des années 80. Il faut dire qu’à l’instar du théâtre, mais avec d’autres outils, la danse nous dit aussi des choses sur notre époque : Come out d’Olivier Dubois, corps se redressant sous le joug des tyrannies, ou retour aux origines avec Ce que le jour doit à la nuit d’Hervé Koubi (chorégraphe associé, tout comme Kaori Ito cette année). Une histoire de métissage là encore, jusque dans la danse qui oscille entre hip-hop et esthétiques contemporaines.
Le Théâtre GRRRANIT – Scène Nationale de Belfort nous a également habitués depuis quelques années à découvrir ses coulisses, ses artistes au travail. En septembre, la cie An Evening with The Dames créera par exemple costumes et décors de sa prochaine création, Les Sœurs de Beauxchéries que l’on découvrira en février 2027, entre cabaret traditionnel et esthétiques queer underground, version berlinoise. Le travail en train de se faire est à découvrir toute la saison au GRRRANIT !



