ROMAN
Albin Michel
Parution le 20 août 2025
De passage à Rome, Alba achète chez un antiquaire un tableau ressemblant étrangement au Petit Bacchus malade du Caravage, peut-être une copie que l’historien de l’art Roberto Longhi attribua au peintre en 1927. Avec Nino, amoureux clandestin, ils partent sur les traces de ce Bacchus visiblement mal en point, au teint verdâtre, le temps d’un week-end à Rome qui va mêler romance et érudition.
Après une enquête autour d’un mystérieux retable trouvé dans une chapelle toscane (Le Grand Art, Flammarion, 2020), l’artiste au centre de cette nouvelle enquête est cette fois connu : il s’agit de Michelangelo Merisi da Caravaggio, plus connu sous le nom du Caravage. Douce menace retrace le parcours chaotique du mystérieux tableau (et de son créateur), une enquête qui débute dans la Rome de la Renaissance à la fin du XVIIe siècle, époque de bouillonnement artistique même si, dans les rues, on peut encore voir des têtes plantées sur des piques. Comme dans les deux premiers romans de Léa Simone Allegria, les références picturales abondent (la jeune femme est également artiste et galeriste), et ici l’autrice nous amène sur les traces du maître du clair-obscur qui enfantera une kyrielle de suiveurs (le caravagisme). Dans le roman on évoque aussi la galerie Borghèse à Rome, sa collection constituée par le cardinal Scipione Caffarelli-Borghese, neveu du pape Paul V. C’est là-bas qu’est aujourd’hui conservé le Petit Bacchus malade.
La notion de double est au cœur de cette intrigue menée de main de maître par Léa Simone Allegria. Le Petit Bacchus malade, tableau “charnel et mourant”, comme l’a qualifié la romancière elle-même, est aussi le miroir d’une histoire d’amour contrariée. Alba Vespucci, qui peine à écrire son deuxième roman, s’est entichée d’un auteur quant à lui abonné au succès, Nino Malaval. Malgré lui, ce dernier est emporté dans cette enquête avec sa maîtresse, une investigation à travers les époques dont le miroir est sa propre relation clandestine avec Alma.
À travers l’enquête qu’elle fait mener à ses deux personnages, Léa Simone Allegria nous fait pénétrer le marché de l’art, et nous interroge sur la notion de chef d’œuvre. Très vite, les questions abondent sur le tableau trouvé chez un antiquaire. Est-ce une copie particulièrement réussie ou un double créé par le Caravage lui-même ? L’historien de l’art Roberto Longhi estime que le peintre s’est représenté malade, et que le tableau aurait donc été peint vers 1597 lorsqu’il fréquentait l’hospice de la Consolation. D’autres pensent que la fameuse toile aurait été peinte au contraire dans l’atelier du Cavalier d’Arpin (au destin funeste comme on pourra le découvrir dans le roman), chez qui le Caravage a séjourné.
Paul Sobrin
