Musique

Tartuffe à la Filature de Mulhouse en décembre

Emmanuel Vérité interprète Tartuffe dans la nouvelle mise en scène de Benoît Lambert

Emmanuel Vérité interprète Tartuffe dans la nouvelle mise en scène de Benoît Lambert – Photo : Vincent Arbelet

En décembre, Benoît Lambert présente à La Filature sa nouvelle création, une adaptation du célèbre Tartuffe de Molière. Que dire de Tartuffe que nous ne sachions déjà, qui n’ait déjà été dit, démontré voire affirmé ? À l’instar d’Hamlet et Don Juan, Tartuffe est un personnage sur lequel on a beaucoup glosé, mais dont l’image de pourfendeur de la religion en place, est peut-être née d’un malentendu.

Comme Benoît Lambert veut nous l’expliquer en citant Jouvet qui parle de la pièce, Tartuffe s’est, au fil des époques, teinté de l’idéologie dominante, et notamment d’un certain anticléricalisme ambiant, si bien que Tartuffe est devenu le personnage à détester. Ce Tartuffe version 2014 va pourtant nous présenter le célèbre personnage de Molière sous un  jour différent.

Orgon recueille un jeune homme dont la piété l’émeut. Tartuffe prend alors un ascendant moral sur Orgon, qui ne se doute pas que son protégé s’avère être en réalité un habile imposteur. Ce dernier souhaite également épouser la fille d’Orgon pour faire sien l’héritage de Mariane. « Au cours de l’Histoire, la comédie de Molière est devenue le symbole du combat contre l’hypocrisie religieuse », remarque Benoît Lambert. « Mais, à bien y regarder, c’est une lecture assez peu charitable. Car la question qui anime le personnage de Tartuffe n’est pas tellement d’ordre religieux : elle serait plutôt d’ordre économique ». C’est bien en effet la dot de Mariane que convoite Tartuffe, l’ascension sociale passant, selon lui, par le mariage de la fille… et même la séduction de la mère !

L’un des objectifs de Benoît Lambert semble donc être ici de débarrasser le personnage central de Tartuffe de cette image d’hypocrisie religieuse, de faux dévot, pour nous faire voir un personnage plus charmant  – et charmeur -, ce personnage dont tout le monde parle mais qui n’apparait qu’au troisième acte, « un genre d’Arsène Lupin déguisé en dévot pour mieux réussir son coup, une crapule charmante dont l’entreprise malhonnête prend des allures de revanche de classe ». Car c’est bien l’ascension sociale que recherche ici Tartuffe, à une époque, le XVIIème siècle, où il était rare, voire impossible, d’emprunter ce fameux ascenseur.

Est-ce plus aisé aujourd’hui ? Probablement, mais l’époque actuelle se présente tout de même à nous avec son lot de déclassés, de fermetures d’usines. Tartuffe, c’est donc aussi une pièce sur les rapports de force entre le pouvoir et ses administrés. Qu’il s’agisse d’un système féodal, de l’Ancien Régime ou de notre Cinquième République en lambeaux, ces rapports demeurent, sous des formes différentes, mais comme le dit encore Benoît Lambert, l’arrestation de Tartuffe, à la fin de la pièce, « ne peut pas être simplement célébrée comme une victoire des forces de progrès : elle ressemble bien au contraire à un sinistre retour à l’ordre ».

Et puis Tartuffe est aussi l’occasion pour Molière de dresser un portrait au vitriol de la famille d’Orgon, de cette haute bourgeoisie que Jean-Baptiste Poquelin a si souvent égratignée dans ses pièces. Le dramaturge met ici à jour ses petits travers et ses grandes hypocrisies, ses rapports au pouvoir royal.  Cette famille, Benoît Lambert va s’attacher à la rassembler sur scène. « Je veux réunir des comédiens que je connais bien, pour avoir déjà travaillé avec chacun d’entre eux, mais qui, pour la plupart, se rencontreront pour la première fois ».

– Paul Sobrin –

Tartuffe ou l’Imposteur, La Filature, Mulhouse, du 10 et 12 décembre à 20h, 11 et 13 décembre à 19h – www.lafilature.org

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